Au coeur de la tourmente

Allô? Allô… Ça marche, ce truc?
Déjà trois mois depuis notre dernier billet de blogue… Et dire que j’avais de si bonnes intentions! Je comptais poster régulièrement, détailler nos aventures dans le merveilleux monde du développement international. Je me voyais suivre les méandres de ma conscience globale, vous expliquer comment se transformerait ma vision du monde.
Mais nous voici, trois mois plus tard, face à une page blanche.
Le temps est venu d’y remédier!
Oui, on est effectivement en Inde rurale.
On est arrivés au campus de Gram Vikas voilà deux mois déjà. Ça fait cliché, mais on dirait qu’une vie entière est déjà passée. Avec le recul, je ne sais pas très bien à quoi je m’attendais, mais je pense que je n’avais aucune conception de ce que serait la vie dans une ONG de l’Odisha rural. Dans ma tête, j’étais assis dans une petite maison en brique, confiant de l’épaisseur des murs que j’avais érigés, fier de mes certitudes. Je me voyais porté par la mousson, les voiles gonflées par la destinée.
Mais le vent était une tornade. Ma pauvre petite maison n’a pas survécu.
Je l’avoue, j’ai de la difficulté à articuler tout ça en termes concrets. Une fois passé le choc de la transplantation en sol indien, demeure un sentiment d’instabilité et d’irréalité, tel le souvenir d’un tremblement de terre. L’univers a changé, d’une manière profonde mais imperceptible. La surface demeure inchangée, mais une grande force agite mon esprit dans de nouvelles directions. La montagne est immobile, mais son coeur est chancelant. Les fissures lézardent peu à peu vers la surface.
Où ça me mènera, je l’ignore.
J’aimerais pouvoir m’exprimer en termes plus concrets, mais plus je fais effort de précision, plus le sens profond m’échappe. L’ossature de mon expérience est enfouie au fond d’un puits que la pleine lumière de ma conscience est incapable d’atteindre.
Mais dans ces moments où je refais surface, je vois ceci autour de moi :
Je vois un campus paisible, aux portes de l’Odisha rural, tourbillonnant de couleurs et de vie.
Je vois des amis en terre lointaine, avec qui je travaille, je mange, je ris, je râle, j’explore.
Je vois des gens issus d’une culture ancienne, qui veulent la même chose que moi, comme toujours : la dignité, l’espoir, le respect.
Je vois le chaos lumineux et la joie boueuse au coeur des labyrinthes de la ville.
Je vois les collines voilées de brouillard le matin, et les femmes en sari en quête de bois de chauffage, qui me sourient et me saluent au fil de mes courses.
Je me vois, moi, surtout: les dents serrées, les yeux grand ouverts, un large sourire tourné vers le monde.






















